En juillet 2015, Marianne dévoilait un montage financier suspect entre Areva UG, filiale du groupe, et plusieurs intermédiaires en Russie, au Liban, et au Niger. Le Parquet national financier, saisi du dossier, avait alors enclenché une enquête préliminaire. A la suite de nouvelles révélations au Niger, ce dossier a été surnommé "l’uraniumgate".

 

Au Niger, les journalistes ont surnommé cette nouvelle affaire Areva, « l’uraniumgate ». Le scandale éclate le 16 février, quand l’hebdomadaire nigérien Le Courrier publie une enquête mettant en cause le ministre des finances du pays, Hassoumi Massaoudou, dans des transactions suspectes d’uranium. A Niamey, une plainte contre X a été déposée le 31 mars par des associations de la société civile. Une commission d’enquête parlementaire a également été mise en place à la demande des députés d’opposition.

Dans son enquête, le journal nigérien a publié des copies d'une transaction bancaire datant de l’automne 2011, portant sur 319,8 millions de dollars des comptes à Paris d'une société d'Etat, la Sopamin (Société de Patrimoine des mines du Niger) vers un compte à Dubaï appartenant à Optima Energy, une société libanaise. Or, comme le souligne l’hebdomadaire dans son édition du 19 mars, « la Sopamin n’avait aucun intérêt à acheter de l’uranium »car la société ne parvenait déjà pas à écouler son propre stock à l’époque. Une opération qui portait sur 5,5 millions de livres (3000 tonnes) d’uranium U308, « soit plus de la moitié de la production annuelle du Niger »,selon l’hebdomadaire.

 

Cette transaction, réalisée à la demande d’Areva, aurait permis aux autorités nigériennes de gagner 850 000 dollars. Une somme qui auraient été utilisée « pour l’achat de véhicules pour la garde présidentielle », selon les dires du ministre des Finances nigérien interrogé par Le Monde.

L'URANIUMGATE TROUVE SON ORIGINE EN FRANCE

Car, en réalité, cet achat conséquent d’uranium a été immédiatement suivi d’une revente… à Areva. De fait, l’« uraniumgate » trouve son origine en France. C’est ce que Marianne avait déjà révélé dans une enquête le 24 juillet 2015 intitulée « Areva : 18 millions d’euros de perdus… pas pour tout le monde ! » et qui décrivait un montage financier occulte, permettant l’évaporation de dizaines de millions d’euros, entre plusieurs intermédiaires localisés en Russie, au Liban, et au Niger.

Au final, ce véritable système de vente circulaire d’uranium avait entraîné pour Areva 18 millions d’euros de pertes en 2011, selon les aveux même du groupe nucléaire. Lors de notre enquête, si Areva reconnaissait alors cette perte, le groupe soutenait que c’était dans le cadre d’une « opération de trading sur le marché de l’uranium ».

 

Or, selon les documents en notre possession, et notamment plusieurs contrats commerciaux signés en juillet 2011, il est établi qu’Areva UG a couvert ce système circulaire de vente de 5,5 millions de livres d’uranium. Selon notre enquête, l’argent en question aurait ensuite trouvé refuge dans des zones franches aux Emirats arabes unis et à Hong Kong. En septembre 2015, suite à nos révélations, le Parquet national financier (PNF), ouvrait une enquête préliminaire sur ces mouvements financiers suspects.

AREVA APPORTE DES PRECISIONS SUPRENANTES

Déjà empêtré par le scandale Uramin, Areva semble particulièrement mal-à-l’aise devant cette nouvelle affaire. Contacté de nouveau par Le Monde, le porte-parole du groupe nucléaire apporte des précisions surprenantes. Evoquant désormais « une perte de 18 millions de dollars » (et non d’euros), « due aux variations des cours de l’uranium », alors même que selon les contrats en notre possession, les différentes transactions effectuées à l’automne 2011 ont bien été décidées en amont dès le mois de juillet de la même année. Par ailleurs, selon plusieurs spécialistes du nucléaire interrogés, l’uranium est un marché de long terme qui ne souffre pas de variations rapides sur quelques jours…

Areva explique enfin que ces opérations étaient liées à un contrat de vente d’une centrale nucléaire. Selon nos informations, les cadres d’Areva engagés à l’époque, dans cette vente et rachat d’uranium auraient effectivement été informés en interne d’une éventuelle opération au Brésil. C’était en tout cas les éléments de langage partagés par le management d’alors.

De son côté, interrogé par Jeune Afrique, Hassoumi Massaoudou, le ministre des Finances au Niger, s’interroge sur cette opération qui n’avait en fait « aucune matérialité. La Sopamin n’a ni acheté ni vendu d’uranium. Areva avait juste besoin de son nom ».

 

Marianne