Le débat sur le franc CFA crée encore de nouvelles vagues en Afrique occidentale et centrale avec quelques experts appelant à une réforme de la monnaie issue de la colonisation. Certains estiment que le franc CFA est dépassé par les réalités dans les zones monétaires, en faisant valoir qu'il ne devrait pas être arrimé à l'euro ou devrait être tout simplement abandonné.

L'économiste ivoirien Seraphin Prao Yao a écrit un livre sur le sujet en 2012. Il indique que le taux d'échange d'un pays doit prendre en compte le poids de ses partenaires commerciaux, ajoutant que la zone euro n'est plus le seul partenaire de l'Afrique. Il affirme que les pays africains devraient tenir compte du dollar américain et des devises asiatiques. Yao souligne que l'arrimage du CFA à l'euro rend la monnaie trop rigide et trop surévaluée.

La France a créé le franc CFA pour ses colonies africaines en 1945. Initialement créé en 1939, juste avant la Seconde Guerre mondiale, le franc CFA a été imprimé pour la première fois le 26 Décembre 1945. La France garantit un taux de change fixe avec l'euro. En retour, les États membres doivent déposer la moitié de leurs réserves de change dans le trésor français, quelque chose que certains analystes estiment, a ralenti le développement. Le ministre français des Finances a déclaré en Avril que la France est ouverte à l'évolution de cet arrangement, mais que l'initiative doit venir des pays membres.

Les 14 pays qui utilisent le CFA sont divisés en deux unions monétaires, mais chaque pays peut décider d'abandonner la monnaie à tout moment.

Les deux unions monétaires africaines de la zone CFA, sont constitués 14 États africains : huit d'entre eux forment l'UEMOA : Bénin, Burkina-Faso, Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo ; six autres constituent la CEMAC : Cameroun, Afrique centrale, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad.

La Guinée et le Maroc ont créé leurs propres monnaies depuis l'indépendance. Le Maroc est cité comme un exemple de réussite, tandis que la Guinée, avec ses années de forte inflation chronique, ne l'est pas.

Les économistes avertissent qu'avoir sa propre monnaie comporte des risques. Ils soulignent les crises financières actuelles au Nigeria et au Zimbabwe. Rappelons que le Zimbabwe a mis en place en 2008 un système de devises multiples, reposant principalement sur le dollar américain, le rand sud-africain et le pula zimbabwéen, pour enrayer une hyperinflation qui s'élevait, selon les chiffres officiels, à 231 millions pour cent, et à plus de 4 milliards pour cent, selon d'autres sources.

Un économiste ivoirien Antoine Ahua Jr dit que les politiques monétaires strictes dans le cadre du franc CFA ont permis aux pays membres d'avoir une monnaie forte et stable, ce qui a permis de profiter commerce extérieur et stabiliser leurs économies. Même les critiques du franc CFA reconnaissent les risques liés à son abandon et que la bonne gouvernance est la clé.

Yao souligne que le détachement du franc CFA de l'euro n'entrainera pas automatiquement le passage des économies au stade de pays émergents. Les dirigeants devront agir dans un cadre de bonne gouvernance, dit-il.

L'analyste Afrique de l'Ouest, Paul Melly, de la société Chatham House qui est basée à Londres , a déclaré que les grandes économies comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire pourraient rompre leurs liens avec le franc CFA , s'ils le voulaient, mais que cela est peu probable.

C'est un sujet émotionnel pour certains qui voient la monnaie CFA comme un autre vestige du colonialisme qu'il faut liquider. L'an dernier, le président tchadien Idriss Deby a dit que la région devrait plutôt avoir une « monnaie africaine à 100 pour cent. »

Depuis sa création en 1975, la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest a toujours eu pour objectif la création d'une monnaie commune.

Christ Boli avec intellivoire


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