Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad mettent en place une force commune qui reste cependant à financer.

Un «G5 Sahel» contre les djihadistes. Les chefs d'État de cinq pays (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) se réunissent ce dimanche à Bamako, la capitale du Mali, pour concrétiser leur projet de force conjointe contre les groupes djihadistes, qui reste cependant à financer. Emmanuel Macron, est présent après s'être déjà rendu dans le pays en mai à l'occasion de son premier déplacement à l'étranger en tant que président de la République. 

 

Le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, président en exercice du G5 Sahel, accueille ce sommet qui réunit, outre Emmanuel Macron, ses pairs Idriss Déby Itno (Tchad), Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso) et Mahamadou Issoufou (Niger). L'allégeance de nombreux mouvements djihadistes du Sahel à Al-Qaïda ou au groupe Etat islamique «projette notre région dans un champ de confrontation mondiale», a déclaré Ibrahim Boubacar Keïta en présence des autres chefs d'Etat.

 

L'objectif de la force internationale naissante est de lutter ensemble contre les attaques djihadistes qui visent le Mali et gagnent les Etats voisins, en pouvant poursuivre leurs auteurs au-delà des frontières, avec un démarrage sur le terrain avant la fin de l'année. Cette force, déployée dans un premier temps aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, s'ajoutera à l'opération française Barkhane qui traque les djihadistes dans le Sahel, et à la Mission de l'Onu au Mali (Minusma).

 

«Les résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre nos partenaires»

 

Emmanuel Macron a tout à la fois promis de l'aide ce dimanche, mais aussi demandé au G5 de faire preuve d'efficacité. «Ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace, dans le respect des conventions humanitaires. Les résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre nos partenaires», a-t-il déclaré. De plus, il a annoncé avoir «bon espoir que le 13 juillet (lors du Conseil franco-allemand à Paris) avec la chancelière allemande (Angela Merkel), nous puissions annoncer des engagements communs autour de cette alliance».

 

La France, pour sa part, apportera 70 véhicules tactiques et un appui opérationnel. «Sur le volet militaire, c'est un effort équivalent à plus de de 8 millions d'euros que nous consacrons d'ici la fin de l'année», estime le chef de l'Etat. L'Union européenne (UE) a promis 50 millions d'euros, mais une telle force requiert au moins 400 millions d'euros, selon des experts. Le budget prévu avoisinerait les 500 millions d'euros, a indiqué une source au sein de la délégation mauritanienne. La France, elle-même en pleine recherche d'économies pour cause de déficit budgétaire aggravé, espère le soutien d'autres pays de l'Union européenne, en faisant valoir que son engagement militaire au Sahel protège l'Europe toute entière. Elle compte notamment sur l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique, et espère aussi un «soutien concret» des Etats-Unis, présents militairement avec notamment des drones au Niger.

 

Concernant les 50 millions de l'UE, Emmanuel Macron y a vu «l'amorce d'un engagement dans la durée» que compte favoriser la France. Une conférence des donateurs doit se tenir dans les prochains mois. Il a aussi promis que l'Agence française de développement (AFD) débloquerait «200 millions sur 5 ans» spécifiquement pour le Sahel.

 

L'idée d'une force régionale, soutenue par Paris, a été relancée le 6 février lors d'un sommet à Bamako. Elle doit démarrer avec environ 5 000 hommes fournis par les cinq pays, qui ambitionnent de doubler cet effectif à terme, comme l'ont réaffirmé leurs présidents dans une tribune publiée par le quotidien français «le Figaro». Le sommet de ce dimanche vise à définir concrètement ses modalités. «Le poste de commandement de cette force sera basé au centre du Mali, à Sévaré», a indiqué le général Didier Dacko, précédemment chef d'Etat-major de l'armée malienne, nommé en juin à la tête de la force du G5.

 

Cinq ans de troubles au Mali

 

Le 21 juin, le Conseil de sécurité de l'Onu (Organisation des Nations unies) a adopté une résolution qui «salue» le déploiement de cette force mais sans lui délivrer ni mandat ni fonds. Le Tchad a déjà brandi la menace d'un retrait du projet faute de financements.

 

Le Mali est sous état d'urgence quasiment sans interruption depuis l'attentat djihadiste contre l'hôtel Radisson Blu de Bamako le 20 novembre 2015, qui a fait 20 morts, outre ses deux auteurs. Le 18 juin 2017, un lieu de villégiature proche de Bamako, fondé par un Français, a été attaqué, faisant cinq morts, en plus de quatre assaillants tués. Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à la nebulleuse terroriste Al-Qaïda. Ils ont été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale lancée en 2013 à l'initiative de la France. Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'Onu, régulièrement visées par des attaques, malgré la signature en mai-juin 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les djihadistes. Depuis 2015, ces attaques se sont étendues au centre et au Sud et le phénomène gagne les pays voisins.

 

  leparisien.fr